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C'EST
une maison "verte", accrochée à la colline
pavillonnaire d'Igny (Essonne). Entre quatre voies et une ligne
à haute tension, l'endroit ne correspond pourtant en rien
à l'imaginaire écolo. Ladite maison non plus, d'ailleurs
: la bâtisse en bois tranche sur ses sages voisines par son
architecture plus moderne. Mais la révolution est moins dans
la forme que dans le fond : tous les matériaux ayant participé
à sa construction répondent à un souci environnemental.
A la mi-décembre, Annie et Daniel Samson ont emménagé
dans "la première maison écologique d'Ile de
France" selon ses promoteurs. Le couple Samson - lui, employé
à la SNCF, elle, dans une banque - s'est converti depuis
quelques années à la nourriture biologique et à
la naturopathie. Cette inclinaison "naturelle" les a conduit
à s'interesser aux recherches de Pierre Thiebaut, qui se
définit comme "géobiologue et consultant en bioconstruction".
Ce belge, qui a lancé une entreprise spécialisée,
travaille depuis dix ans sur l'usage de matériaux bio dans
l'édification ou l'aménagement de bâtiments.
L'homme à déja élaboré une cinquantaine
de maisons dans la plat pays. Il tente aujourd'hui de propager ses
idées en France. "Ce n'est pas simple, tant les lobbys
sont réticents ici " explique-t-il.
Briques
de terre cuite isolée à la farine de bois, mortier
à la chaux naturelle, panneaux de cellulose faits à
partir de journaux recyclés et de jute comprimé, peinture
naturelle à la caséine, isolants en fibre de bois
presse au bitume végétal, vitrificateur écologique,
lasure naturelle, tenons et mortaises dans la charpente : la maison
est une sorte d'inventaire des techniques écologiques. J'usqu'au
shéma électrique, étudié afin d'éviter
les pollutions électro-magnétiques.
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"La
maison respire. Elle permet un échange permanent entre
l'air, chaud ou froid de l'intérieur et de l'extérieur"
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Le
bois "doit être coupé à la lune descendante,
afin qu'il contienne moins de sève". Son séchage
se fait de manière artisanale et non dans des fours rapides
("séché trop vite, le bois va repomper tout de
suite l'humidité perdue."). Le traitement fongicide
s'effectue par un long trempage dans une eau où a été
diluée du sel de bore. Les arbres, châtaignier, douglas
ou mélèze, sont bien sûr certifiés non
traités. Le melèze russe a été proscrit,
des études ayant démontré que certains avaient
fixé les émanations de Tchernobyl...
Le
poêle est importé de Finlande : la pierre qui entoure
le foyer capte la chaleur qu'elle restitue par rayonnement dans
l'ensemble des pièces. La technique de combustion permet
également de limiter à 5% du bois brûlé
les rejets, sous forme de fumée ou de cendres. "La maison
est bioclimatique, explique son concepteur. Elle respire. Elle permet
un échange permanent entre l'air, chaud ou froid, de l'intérieur
et de l'extérieur."
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Pierre
Thibaut fait appel aux savoirs oubliés des bâtisseurs
de cathédrale comme aux dernières innovations techniques
provenant d'Allemagne. En option, il applique également des
techniques provenant du Feng Shui chinois ou de son antécédent
hindou, le Vastu Shastra, deux philosophies jouant sur "les
énergies telluriques ou cosmiques". La disposition des
lieux est alors dressée en conséquence. Ainsi, dans
la cuisine, l'eau ne saurait être en face du feu, sous peine
de "dégager des ondes mauvaises".
Les
différents corps de métier impliqués dans la
réalisation ont dû se plier à l'impitoyabel
cahier des charges, tout en gardant des prix équivalents
à un chantier traditionnel (la maison d'Igny aura coûté
environ 8000 francs, 1219 euros, du mètre carré).
Cela ne s'est pas toujours fait sans mal, les techniques employées
rompant avec le productivisme habituel. Le menuisier a ainsi été
remplacé, l'homme ne comprenant pas notamment pourquoi il
convenait d'utiliser une colle écologique mettant ving-quatre
heures à sécher plutôt que les habituels produits
à prise rapide. Les autres ont peu ou prou respecté
la règle du jeu, moins par conviction idéologique
que par une intuition commerciale. "Il y a une demande grandissante
dasn ce sens. C'est un nouveau marché qui s'ouvre pour nous,
admet Olivier Gesmier, le charpentier. "Il faut désormais
que nous sachions appliquer ces techniques différentes, confirme
Jean Louis Hébert, le carreleur. Au début, mes gars
ne comprenaient pas bien pourquoi ils ne devaient pas faire comme
d'habitude."
Ces
petits artisans ne sont pas les seuls à avoir saisi l'intérêt
d'introduire des considérations environnementales dans la
construction. Lors du salon spécialisé Bâtimat,
en novembre, les produits "bio" ou prétendus tels
ont connu le succès. Jusqu'aux grands cimentiers qui proposent
aujourd'hui des ciments plus écologiques. Le 18 novembre,
la Fédération Française du Bâtiment (FFB)
a signé avec l'Agence de l'environnement et de la maîtrise
de l'énergie (Ademe) un accord cadre, insistant notamment
sur la maîtrise de l'énergie, la réduction des
pollutions et la gestion des déchets de chantier. Le sigle
HQE, haute qualité environnementale, est devenu un enjeu
: il pourrait bientôt se transformer en norme.
Le
Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) s'affaire
depuis une dizaine d'années à une évaluation
technique de ces produits, censés répondre à
de meilleures qualités sanitaires. "Les affaires de
l'amiante, du plomb ou de la legionnellose ont sensibisé
les gens, constate Philippe Duchêne-Marullaz, responsable
du service environnement intérieur au CSTB. Mais la France
a pris le train en retard." Une récente étude
démontrait pourtant que la pollution s'avérait plus
forte à l'intérieur des habitations qu'à l'extérieur.
Le ministère de l'environnement à d'ailleurs décidé
de créer un Observatoire de la qualité de l'air intérieur
pour affiner cette connaissance. La "maison écologique"
d'Igny ne devrait pas tarder à avoir des petites soeurs.
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