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LE
CHANVRE
est une plante extraordinaire que nous sommes malheureusement en
train de redécouvrir. Elle pousse vite, sans engrais, produit beaucoup
et n'abîme pas les sols. Traditionnellement, on se servait du chanvre
pour faire des cordages, mais aussi des vêtements (comme les premiers
jeans !). Dans la construction, le chanvre a également sa place.
C'est un matériau écologique, bon marché, non polluant et simple
à utiliser.
Contrairement
à son cousin le " cannabis indica " encore interdit en France à
cause de sa teneur en THC (psychotropes), le " cannabis sativa "
ou " chanvre textile " est cultivé dans notre pays en toute légalité.
Pour la construction, on utilise l'écorce de sa tige, appelée chènevotte.
Ces fibres, une fois broyées, doivent être malaxées avec un mortier
composé de chaux aérienne, et d'autres ingrédients comme, par exemple,
de la brique pilée et du plâtre gros. On ajoute alors de l'eau pour
lier le tout. Le mélange obtenu doit reposer 24h avant la pose.
On se sert de cette pâte pour isoler des murs déja existants en
brique, pierre ou bois, après légère préparation et mouillage avec
du lait de chaux. On peut également monter des murs complets, associés
à une ossature bois ou à des colombages. Une fois appliqué à la
main (protection des avant-bras et du visage obligatoire), on tasse
le chanvre au maximum. Pour les toits et murs, il est souvent nécessaire
de prévoir un coffrage léger, que l'on déplace au fur et à mesure
de l'avance des travaux (banchage) ; en effet, une dizaine de minutes
suffit pour que la pâte soit assez ferme et tienne toute seule.
Le matériau ne se rétracte pas au séchage. Il épouse parfaitement
bien les formes, et peut se modeler à merveille. On peut le laisser
tel quel pour donner un aspect un peu rustique, ou bien le recouvrir
d'un enduit plus léger avec moins de chanvre et plus de chaux, coloré
avec des pigments naturels comme
de l'ocre par exemple. Le résultat est un mur plus lisse, à la couleur
désirée.
Mais
ce marché en pleine expansion manque encore de structures. Il n'existe
pas, par exemple, de syndicats professionnels pour guider le particulier
dans sa démarche, et cela relève encore un peu du parcours du combattant
!
Ainsi,
il a fallu beaucoup de patience à Denis Brochier, qui vient de réaliser
l'isolation des murs et du toit de sa maison (aux portes de Paris)
pour arriver à se faire une opinion, tant les propos des divers
fabricants étaient contradictoires quant à la technique à utiliser
(notamment au niveau du mortier !). " J'ai visité quelques maisons,
isolées de cette manière, pour me donner une idée du résultat, et
j'ai suivi un stage. Mais finalement, je n'ai démarré le chantier
qu'après avoir rencontré un artisan spécialisé en " architecture
verte ". Il connaît bien toutes ces techniques (apprises pour certaines
au Maroc) et m'a prodigué conseils et soutien ".
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En
effet, la maison de Denis Brochier étant déja construite, il n'était
pas question d'enlever les tuiles du toit pour l'isoler par le dessus,
comme on le fait généralement. Là, la pose s'est faite de l'intérieur,
technique encore inédite en France. " Ensuite, j'ai réalisé une
partie du travail moi-même, poursuit Denis Brochier, aidé de ma
famille et d'amis. Tout
à commencé par l'arrivée d'un camion avec plus de deux tonnes de
sacs de chanvre et de chaux... qu'il a bien fallu décharger dans
notre petite cour ! Nous faisions notre mélange en bas, dans un
malaxeur loué pour l'occasion avant de le monter dans des poubelles,
par l'escalier, jusqu'au deuxième étage. " Un dur labeur !
Une
épaisseur de 23cm de chanvre pour le toit, 5 à 7cm pour les murs
selon leur orientation... Et quelques brûlures à la clef...
La
chaux, à la pose, est en effet très acide pour la peau et les poumons.
" Nous nous étions protégés les mains avec des gants, mais cela
n'était pas suffisant ". Denis Brochier improvise alors avec des
bandes velpo qu'il déroule sur ses avant-bras avant de travailler
! Le mélange des différents ingrédients, la proportion d'eau par
exemple (qui varie selon la température, le climat, etc.) ne s'improvisent
pas et rien ne remplace le savoir-faire d'un artisan. " l'artisan
nous a appris à " sentir " si le mélange était bon ou non " explique
Denis Brochier, et c'est lui qui est venu talocher l'ouvrage, pour
donner un aspect régulier au mur, et finir avec toute la maîtrise
d'un professionnel de cette technique ".
L'avantage
du chanvre, outre son aspect esthétique indéniable, est qu'il permet
aux murs de respirer naturellement, supprimant tout pont thermique.
Il isole également au niveau phonique. Un fois sec, il résiste parfaitement
bien à l'humidité. Une brique de chanvre dans un verre d'eau ne
se délite pas (il est donc tout à fait possible d'utiliser ce matériau
dans une salle de bain).
Quant
à sa protection au feu, elle est irréprochable. de plus, l'association
chanvre et chaux protège la maison des attaques des nuisibles, des
plus gros aux plus petits (des rats aux acariens !). Le prix de
revient (hors main d'oeuvre) n'est pas excessif. Ainsi, pour 35
m² de toit (à 23cm d'épaisseur) et d'environ 70 m² de mur (à 7cm
d'épaisseur), le prix des matériaux (chanvre et mortier) achetés
par Denis Brochier a été d'environ 12.000 F.
Des
murs sains et chauds, qui respirent et dégagent un véritable sentiment
de bien-être, un bon isolant permettant de substancielles économies
d'énergie ; le chanvre, matériau noble, est promis à un bel avenir.
Même si cette profession manque encore de véritables structures,
des artisans maîtrisent parfaitement ces techniques (utilisées également
en restauration de maisons à colombages) et peuvent d'ores et déjà
guider ceux qui le désirent.
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