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Le
nombre des allergiques et la mortalité par cancers augmentent de
façon spectaculaire. Un rapport parlementaire sur la sécurité sanitaire
environnementale (l), remis au Premier ministre en novembre 1998,
souligne que peintures, cosmétiques, produits de nettoyage sont
largement utilisés sans que leur nocivité ait été suffisamment mesurée.
Il insiste sur le fait que les risques sanitaires sont surtout liés
à des expositions multiples à des polluants faibles ou même très
faibles. C'est exactement ce qui se passe dans la maison. Les occupants,
leurs activités (cuisine, bricolage...), les matériaux d'habillage
et même la composition du sous-sol émettent chacun des contaminants.
On en connaît certains effets, on en suspecte d'autres, mais, en
France, les études manquent cruellement. " En dépit des progrès
réalisés, l'exposition des citadins aux polluants dans l'habitat
demeure peu étudiée ", constate le Centre scientifique et technique
du bâtiment (CSTB) dans un dossier consacré aux relations entre
bâtiment et santé.
| Des
"volatils" qui donnent la chair de poule.
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Les
composés organiques volatils, ou COV, sont partout dans l'air de
la maison et en sont les principaux polluants. Il s'agit de produits
chimiquement instables qui émettent des vapeurs à température ambiante.
Un logement " abrite " de 50 à 300 composés organiques volatils
différents - parmi lesquels benzène, toluène, xylène, trichloréthylène
ou formal- déhyde - aux effets néfastes : odeurs, irritation des
yeux, somnolence, fatigue, voire gène respiratoire caractérisée,
allergies diverses lors de fortes concentrations. Les produits émettant
des COV sont partout dans la maison : isolants, revêtements plastiques,
moquettes (surtout synthétiques), dalles d'isolation synthétiques,
papiers peints, tissus, peintures, vernis, meubles... mais aussi
déodorants et détergents. Ces émanations peuvent durer des mois,
voire des années. À l'exception du verre, la plupart des matériaux
(même ceux n'en contenant pas) peuvent capter les COV et les réémettre
ensuite dans l'air inté- rieur. Les plus gloutons étant les dalles
d'isolation phonique, le papier peint non plastifié et la moquette
synthétique. Certains pays favorisent une information claire sur
les produits qui émettent peu de COV. En France, on en est encore
loin. L'Europe pourrait ouvrir la voie à une réglementation plus
exigeante, déjà en vigueur dans certains pays du Nord : elle a lancé
un appel d'offres pour définir un cadre des émissions de COV des
peintures décoratives.
| Les
experts sont formels ; le formaldéhyde fait fort mal. |
Le
formaldéhyde (ou formol en solu- tion aqueuse) est contenu dans
des colles pour les bois reconstitués. Il est également utilisé
comme désinfectant et aseptisant dans les hôpitaux et dans l'industrie
textile. Lui aussi est partout dans la maison : contreplaqués, mélaminés,
agglomérés, etc. Il s'échappe des cigarettes en combustion, des
cuisinières à gaz, des produits ménagers. Il reste longtemps dans
les matériaux qu'il a imprégnés et peut dégager des vapeurs pendant
plusieurs années. Le Dr Fabien Squinazi, directeur du laboratoire
d'hygiène de la Ville de Paris, signale que sa recherche est une
véritable traque : " Des employés étaient victimes de problèmes
respiratoires vraiment gênants. Pendant les vacances et le week-end,
ces problèmes disparaissaient. Les analyses ont fait apparaître
un taux de formaldéhyde très élevé. Nous avons donc fait enlever
les placards et les tables en particules de bois. " Cette mesure
ne changeant rien, on a découvert que les archives et les dossiers
étaient imprégnés de formaldéhyde qui causait une pollution importante.
Il provoque irritations des yeux et de la gorge, eczéma, céphalées,
vertiges, nausées, etc. Sa cancérogénicité est probable. Certains
pays, comme l'Allemagne, ont adopté une classification des émissions
de formaldéhyde pour les panneaux à base de bois. La classe aux
émissions les plus faibles est identifiée classe El. En France,
cette classification est parfois mentionnée sur les documents commerciaux
mais n'est toujours pas obligatoire.
Nécessaire
à la vie, l'humidité devient malsaine dans une atmosphère confinée.
Un taux d'humidité relative de 40 à 60% est nécessaire dans des
locaux à une température de 20° C. Mais trop importante, elle aggrave
les pathologies respiratoires et potentialise de nombreux polluants
et allergènes. Elle accroît les émis- sions de composés organiques
volatils (dont le formaldéhyde), multiplie les fibres en suspension,
accélère la dégradation des surfaces contenant des peintures au
plomb et offre un milieu favorable aux virus et bactéries.
Dans
une atmosphère où l'humidité stagne, moisissures et acariens - tous
deux puissants allergènes - se développent. |
Les
moisissures, nourriture des acariens, poussent sur la poussière,
le bois, les tissus, les plantes et les aliments. À 75 % d'humidité
relative et 24° C, les acariens trouvent les conditions optimales
pour leur développement. Une simple baisse de 5 % du taux d'humidité
diminue leur nombre par six. D'après une étude citée par le Conseil
supérieur d'hygiène de France, " la prévalence des maladies allergiques
est de 10% dans les logements secs et de 25 à 30% dans les logements
humides riches en acariens ". Au chapitre " allergènes ", on peut
ajouter les animaux familiers : chien, chat, hamster, dont les squames,
les poils et la salive sont connus pour déclencher asthme et allergies
respiratoires.
Les
principaux matériaux émetteurs de composés organiques volatils
(COV) :
-
la peinture avec solvants orga- niques : 120 mg/ma/h.
En 4 ou 5 heures, 99 % des solvants s'évaporent, mais
ces solvants peuvent être réabsorbés par d'autres matériaux,
d'où l'intérêt de bien aérer
-
les
colles : 87 mg/m2/h
-
les
revêtements muraux : 10 mg/m:/h
-
le bois : l mg/m2/h
-
les moquettes : 0,5 mg/mz/h. (D'après Habitat Qualité
Santé)
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Chauffe-eau
mal branché, mauvais tirage d'un poêle ou d'un chauffage au gaz,
ventilation défectueuse... invisible, le monoxyde de carbone (CO)
reste la première cause de mortalité par intoxication en France
(400 décès et 8 000 intoxications par an). Le raccordement d'évacuation
des gaz brûlés pour les récents chauffe-eau au gaz et leur équipement
obligatoire d'une sécurité, depuis 1994, ne doivent pas faire négliger
cette source de danger mortel. Un danger surtout présent dans les
logements modestes et mal ventilés, à l'équipement ancien. Polluants
bien connus de l'automobile et de l'industrie, les oxydes d'azo-
te (NOx), issus des processus de combustion, sont aussi présents
dans la maison : cuisines équipées au gaz et mal ventilées, fumées
de tabac, etc. Parmi les oxydes d'azote, le dioxyde d'azote (NO,)
agit au niveau de tout l'arbre pulmonaire et augmente les symptômes
respiratoires : sifflements, crise d'asthme... En milieu rural "
non pollué ", le niveau de dioxyde d'azote se situe autour de 5
micro- grammes/m3. Dix cigarettes fumées dans une pièce de 30 m3
font monter sa concentration à 40 à 80 microgrammes/m3. Ces valeurs
de pointe se retrouvent dans les cuisines mal aérées, quand la cuisinière
à gaz fonctionne. Tout aussi discret que le monoxyde de carbone,
le radon n'en est pas moins un terrible polluant. Inodore et incolore,
ce gaz radioactif est l'une des causes répertoriées du cancer du
poumon. Il émane du sol des régions riches en schiste et en granit,
et pénètre dans les maisons, surtout par le sol (voir ALTERNATIVE
SANTÉ- L'lmpatient n° 247, pages 14 à 16).
Un
rapport de l'lnserm (Plomb dans l'environnement : quels risques
pour la santé ?-janvier 1999) signale que 5 % des adultes et près
de 2 % des enfants de 1 à 6 ans auraient une plombémie supérieure
à 100 micro- grammes/l, deux fois supérieure à la normale. Cela,
du fait des rejets industriels et des peintures au plomb que l'on
trouve encore dans des logements anciens dégradés, bien que la peinture
au plomb soit interdite depuis 1948. En inhalant et en ingérant
des poussières, les jeunes enfants sont victimes de saturnisme :
anémies, troubles du système nerveux, retard irréversible du développement
neuro-comportemental. La peinture au plomb ne présente pas de risques
tant qu'elle est recouverte par d'autres matériaux et qu'elle n'est
pas dégradée. Une grande prudence s'impose lors des travaux de rénovation
qui peuvent la remettre au jour. En cas de doute sur la présence
de plomb dans l'habitat, le mieux est de s'adresser à la DDASS de
son département. Ces sources de pollution se trouvent réparties
dans les différentes pièces d'habitation. Mais elles sont souvent
encore plus concentrées dans les garage, atelier, cellier et autres
pièces de service, où se trouvent réunis les produits toxiques,
chaudières, etc. La plupart des problèmes de pollution intérieure
peuvent être largement diminués grâce à des comportements adaptés.
Comme nous allons le voir, la première mesure de bon sens porte
sur l'aération et la ventilation. Le choix de matériaux et produits
naturels, ou moins polluants, reste la voie de la sagesse. Et si
vous fumez encore, il vous restera à traquer les 3 800 composés
contenus dans la fumée du tabac !
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